Venant du Cheylard l'Evêque, descente sur Luc et son château aux bords de l'Allier (qui sépare l'Ardèche et la Lozère), et arrivée à La Bastide-Puylaurent par le Sentier Stevenson GR 70

 

Flora Berger sur le sentier de Stevenson à Luc

De Luc à La Bastide-Puylaurent sur le GR70
Flora Berger

Village de Luc en LozèreNotre itinéraire plonge sur le village de Luc. C'est la première descente sur petit sentier depuis notre départ. Nous détachons les ânes qui, vu l'étroitesse du passage, ne risquent pas de fuguer ensemble.
Catherine galope devant, Pistou lui emboîte la course s'amusant à buter contre son épaule, je me freine avec les bâtons de ski car les descentes ne sont pas mon fort, et Praline lambine à l'arrière, broutant ça et là, déboulant, affolée, pour nous rattraper, dès qu'elle ne nous voit plus.

Alors que les cloches sonnent midi, une fontaine-abreuvoir nous accueille, qui rendra perplexe notre "kiki en chef". En effet, l'eau coule par intermittence et, dans les intervalles de paresse, un glouglou se fait entendre. Pistou guette le bruit, les oreilles en avant. Il ne partira pas tant qu'il n'aura pas résolu ce mystère.

L'Auradou sur le sentier Stevenson GR70Il est temps de chaumer (c'est l'expression employée pour les moutons au repos) . Nous trouvons un petit coin herbeux un peu au-dessus du village et nous nous installons à l'ombre. Premier travail: s'occuper des ampoules. Hélas, je ne trouve plus ma pochette spéciale "soins des pieds". Où ai-je bien pu l'oublier ?
Par déduction, nous pensons l'avoir laissée dans notre chambre à la Modest'lnn. J'allume mon portable et appelle Philippe, le patron. Ouf, la communication passe !
Une chance, ladite chambre n'a pas encore été relouée. S'il trouve la pochette, il pourrait la confier à un autre randonneur, puisque nous allons rester deux jours à La Bastide-Puylaurent pour les contes ?

L'idée est bonne, mais il me déclare qu'en fin de compte, il pourrait nous l'apporter lui-même chez l'autre Philippe, au gîte dans lequel nous comptons effectuer notre prochaine étape.

C'est amusant, d'imaginer l'une ou l'autre solution: cela nous fait réaliser à quel point le marcheur est un dinosaure dans le monde d'aujourd'hui, tandis qu'il se déplace si lentement, mettant des heures pour se rendre en un lieu si vite atteint par une automobile.
Je suis aussi touchée par la proposition de Philippe, que par cette prise de conscience concernant notre fragilité, au long de ce chemin qui prend nos forces, et renforce nos âmes.

Pour l'heure, nous déjeunons exclusivement des vivres que Ginette nous a procurés et nous évoquons la vieille dame avec tendresse.
Pistou se couche dans l'herbe, Praline, comme toujours, n'en finit pas de la tondre, et Biscotte y disparaît, roulée en boule, tandis que sèche la toile de tente, grande fleur couleur framboise dont l'unique pétale flamboie dans cet "uni vert".

Village de Luc en LozèreÀ quatorze heures, branle-bas de combat. L'étape du matin nous a vraiment plu, nous a comblées de ses ambiances et de ses paysages. Mais je puis vous l'annoncer sans tarder, l'après-midi nous laissera un mauvais souvenir.
Premier responsable, le goudron, qu'il faudra tâter à plusieurs reprises, sans ombre et en côte, comble de malchance.

Au bout d'une heure de ce régime, nous réintégrons le plancher des vaches, mais le passage qui nous attend est vicieux en diable. Un tuyau d'arrosage percé, mal orienté, que sais-je, a fait du chemin un véritable bourbier. Sur cinquante mètres qui paraissent sans fin, les ânes s'enlisent. Ils ne peuvent pas refuser d'avancer dans la mesure où l'immobilité leur est fatale. Les voici s'arrachant du mieux qu'ils le peuvent à cette gadoue qui veut les engloutir. Nous disposons de peu d'espace sur le côté pour tenter de les guider, de les encourager, et nous souffrons pour eux.
À force de bonds et de dérapages, l'équilibre des bâts se trouve compromis. Le paquetage glisse sur le côté, il faut à notre tour patauger pour le redresser.
Eglise de Luc en LozèreVenus à bout de ce piège, nous retrouvons notre copain le goudron. Petite route pas trop pénible tout de même, mais sur laquelle nous découvrons un cadavre de renard déjà bien entamé par les prédateurs: charmante rencontre n'est- ce pas ?
Une fois quittée cette route, le sentier qui n'en est plus un, plonge, caillouteux, poussiéreux, vers le lit d'un petit cours d'eau.
Petit ? Pas pour nos kikis. Ils n'ont jamais traversé une aussi large étendue d'eau, ils ne pourront pas se contenter de bondir.
Il faut savoir que l' âne n'a pas une vision assez nette du milieu liquide pour bien juger de sa profondeur, qu'il imagine toujours importante. Or, cet animal, qui réfléchit beaucoup, ne tient pas à se mettre en danger.

Hésitations, refus. Allez, Praline, montre l'exemple l Et Catherine de tirer son baudet. Je trouve la scène cocasse et l'immortalise sur la pellicule. Toutefois, je dois me montrer rapide, car le devoir m'appelle vers une autre tâche bien plus urgente . retenir Biscotte solidement. Elle tire, tire sur la laisse, surexcitée, car... droit devant, un troupeau de moutons nous ayant aperçus vient aux nouvelles, se rapproche ostensiblement, poussé par la curiosité. Or, Biscotte a des instincts de louve, la seule vue de ces "patouilles sur pattes" la rend folle. Dieu merci, notre prédatrice n'était pas en liberté et nous évitons peut- être une catastrophe. Cependant, nous ne sommes pas au bout de nos peines: le balisage a disparu.

L'abbaye Notre Dame des Neiges sur le sentier Stevenson en ArdècheGrimpette sur la droite, mais non, ce passage est clôturé. Face à nous, c'est une colline raide, boisée. Nous cherchons. Quelque chose me dit que c'est pourtant la bonne direction, car on devine vers le haut un bout de chemin.

Nous finissons par nous engager sur les cailloux et remontons quelques mètres dans ce qui ressemble au lit asséché d'un petit torrent. Le chemin est bien là, raide à souhait.Il s'attaque à la montagne sans aucun souci pour ceux qui le suivront, droit dans la pente le filou. Sans compter qu'il fait chaud, si chaud ! Drôle de section tout de même. Parvenus en haut, on retrouve soudain le macadam. Rien à faire, cette portion d'itinéraire a dû beaucoup changer depuis le voyage de Stevenson.

Je ne résiste pas à la tentation de citer un passage que je trouve si beau dans son "Journal de Route", même si je me demanderai toujours par quel endroit, non loin de Notre Dame des Neiges, il a bien pu être ainsi inspiré . "Le soleil se levait tandis que je quittais un bois de pins, et je découvris un beau paysage désolé vers le midi.

Des hauteurs rocailleuses, bleu améthyste, bornaient l'horizon, entre lesquelles s'étalaient en se chevauchant les crêtes pierreuses couvertes de bruyère, où le soleil scintillait sur les veines du roc et où la broussaille s'agrippait dans les creux, aussi inculte qu'au premier jour de la création".

Le village de La Bastide-Puylaurent s'étend à présent sous nos yeux en contrebas, nous venons de déboucher sur un quartier résidentiel. "Dans les pas de Stevenson" par Flora Berger aux éditions du Fournel

L'Etoile Chambres et tables d'hôtes sur le Chemin Stevenson en Lozère

Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), les sentiers Cévenol, GR470 Sentier des Gorges de l'Allier, Roujanel, Montagne Ardéchoise, Margeride, Gévaudan et des randonnées en étoile à la journée. Idéal pour un séjour de détente.